Louise Tremblay

Thérapeute manuelle

Formateur en thérapie manuelle

Les récepteurs
de la somesthésie

Les récepteurs peuvent être ordonnés vraiment de plusieurs façons ; on en perd presque la tête. Je les présenterai à travers différentes perspectives.

D'abord le type de fibre : en effet, le système nerveux central (SNC) possède plusieurs cartes somatotopiques (1) et l'information qui s'y rend dépend du type de fibres associé au récepteur, chacune empruntant une voie spécifique. Ces informations vont faire leur chemin de la périphérie vers le SNC grâce aux neurones de deuxième et de troisième ordre, vers des régions spécifiques du cerveau, dont certaines possèdent des représentations somatotopiques du corps.

Cela veut dire quoi ? Cela signifie que par exemple, l'information transmise par un mécanorécepteur comme le corpuscule de Ruffini, qui est véhiculée par une fibre de type A-bêta, n'aura pas le même chemin neuronal que l'information transmise par une fibre de type C sensible à la température et leurs cibles dans le SNC ne sont pas les mêmes.

Dans la catégorie "fibres", on peut distinguer les fibres rapides, les fibres moins rapides et les fibres lentes. Les fibres rapides sont totalement myélinisées (elles possèdent une gaine de myéline qui agit un peu comme un "turbo" sur la vitesse de conduction), les fibres moins rapides possèdent une mince gaine de myéline, pas aussi importante que celle des fibres rapides. Les fibres lentes ne possèdent pas de gaine de myéline, elles sont les plus lentes. La vitesse de conduction (ou de transmission de l'information) peut passer de 120 m/s chez les fibres rapides à 0,5 m/s chez les fibres lentes. Cela fait toute une différence.

Les propriocepteurs utilisent les fibres les plus rapides, celles qui sont largement myélinisées. Ce sont les récepteurs que l'on trouve dans les fuseaux musculaires et dans les organes tendineux de Golgi. Je suis bien contente qu'il en soit ainsi, je peux désormais descendre la pente de ski en toute quiétude, mes propriocepteurs et leurs fibres auront tout le temps de faire leur travail pour que mon cerveau, mes muscles et tout mon corps s'adaptent à chaque virage, chaque bosse. Ces fibres sont les fibres A-alpha, de type Ia et Ib.

Ensuite viennent les mécanorécepteurs qui sont les récepteurs cutanés (Ruffini, Pacini, Merkel, Meissner), puis les récepteurs à la base des poils et certains récepteurs sensibles à l'étirement du muscle, à la pression profonde et à la douleur aiguë. Ce sont des fibres A-bêta, A-delta du groupe II et du groupe III. Certaines, faisant partie des fibres A-delta, sont sensibles à la chaleur et au froid. Les fibres A-bêta sont myélinisées et les fibres A-delta sont peu myélinisées. Ces dernières sont donc moins rapides.

Puis enfin les fibres de type C. Elles sont la plupart du temps appelés nocicepteurs ou thermorécepteurs, mais c'est une erreur : elles ne transportent pas que la douleur et la température. En plus d'être sensibles à la chaleur, au froid et à la douleur, elles réagissent au toucher agréable, au chatouillement, aux démangeaisons, aux sensations sexuelles et elles sont sensibles à la dépense énergétique et aux stimuli chimiques. Les fibres de type C ne sont pas myélinisées, ce sont les plus lentes. Elles font partie du groupe IV. Vous remarquez que certaines fibres A-delta sont sensibles à la douleur aiguë et que les fibres C sont sensibles à la douleur, mais elles sont plus lentes. C'est ainsi qu'on peut expliquer la douleur vive ressentie au moment d'une blessure et la douleur plus diffuse qui s'en suit.

Parlons un peu maintenant de la catégorie "groupes". Je les ai déjà nommés, les groupes vont de I à IV.

 

Les groupes I et II font référence aux récepteurs hautement spécialisés (fuseaux neuromusculaires et organes tendineux de Golgi) ou encapsulés (disques de Merkel, corpuscules de Ruffini, corpuscules de Meissner, corpuscules de Pacini et corpuscules de Krause). Ces récepteurs sont associées à de grosses fibres rapides et myélinisées. Ils sont sensibles aux déformations mécaniques.

 

Les groupes III et IV font références aux récepteurs à terminaisons libres qui sont associées à des petites fibres lentes, peu ou pas myélinisées. Certains de ces récepteurs sont sensibles aux déformations mécaniques légères, et d'autres seront sensibles à la pression mécanique allant jusqu'au pincement, à la température et aux métabolites tels l'ATP (adénosine triphosphate, la molécule d'énergie), l'acide lactique et à l'acidité du pH (chémoréception). (Craig, p. 91)

Il sera utile de différencier ces groupes lorsque nous aborderons le chapitre du passage des neurones afférents dans la corne postérieure de la moelle épinière. Chaque groupe aura un territoire bien délimité.

(1) "La somatotopie est une cartographie neuronale point par point de l'apport sensoriel du corps. C'est une "homotopie" topologique bien organisée du point de vue topologique, ce qui signifie que les relations de voisinage sont maintenues (bien que des ruptures doivent se produire dans la traduction d'une surface tridimensionnelle en une surface bidimensionnelle)." Craig, "How do you feel ?", p. 306

© 2018 Louise Tremblay

 

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