Louise Tremblay

Thérapeute manuelle

Formateur en thérapie manuelle

Le grooming social

On dit aussi en français "toilettage social" mais je ne pense pas que cela lui donne tout son sens ; je préfère grooming social, quitte à utiliser un mot anglais pour arriver à lui donner un sens plus complet. Le grooming qui survient entre deux individus de la même espèce se nomme le grooming conspécifique ou allogrooming.


Le grooming social est un comportement dans lequel les animaux sociaux, y compris les humains, nettoient ou maintiennent le corps ou l'apparence des uns et des autres. Le grooming est présent dans tout le royaume animal, des abeilles aux humains.


On le rencontre chez les chevaux par exemple. "Mettez ensemble plusieurs chevaux au pré, et très rapidement vous pourrez observer deux d’entre eux dans une étrange position, tête-bêche, en train de se gratter l’un l’autre au niveau du garrot, ou alors près de la croupe, de la base de la queue ou tout simplement le long du dos. Il s’agit avant tout d’un acte social, qui se pratique entre chevaux qui s’apprécient ou qui entretiennent des relations harmonieuses. Le grooming est donc une méthode de choix pour établir un lien hiérarchique, mais il a aussi une fonction apaisante essentielle." Émilie Gillet


"Pratiqué par de nombreux primates, l'épouillage (grooming social) contribue à resserrer les liens entre les membres du groupe. Les relations d'épouillage peuvent avoir lieu entre une mère et son enfant, ou entre des singes adultes (partenaires sexuels ou non). La vie en groupe est parfois rude, et de nombreux singes usent de leurs services d'épouillage comme d'une monnaie pour s'octroyer certaines faveurs ou avoir accès aux choses qui peuvent améliorer un tant soit peu leur estime. Le toilettage évacue les tensions que crée la concurrence. Un stress trop important réduit la fertilité des femelles: les hormones du stress bloquent l'action des hormones de reproduction comme les oestrogènes et la progestérone (les ovaires ne libèrent plus d'ovules ou la grossesse peut se trouver compromise). L'épouillage est un équilibre; il stimule la production de substance aux effets semblables à ceux de l'opium, qui annihilent les effets des hormones du stress."


On a tous entendu parler de ce psychologue des États-Unis, Harry Harlow, dont les expériences avec de jeunes macaques en 1958, bien que controversées, ont montré l'importance des soins, des contacts physiques conspécifiques et de l'accompagnement dans le développement cognitif. Ceux qui en étaient privés refusaient de manger et entraient en état de choc émotionnel. Lorsqu'on leur proposait une maman adoptive, ils préféraient la maman en peluche, qui n'avait pas de lait, à la maman en broche qui avait de l'eau et du lait. C'est donc dire de l'importance de la sensation de douceur et de confort ! Pensons-y la prochaine fois que le petit égare sa doudou...


Chez nous les humains, toucher à l'autre peut vite prendre des connotations différentes de l'intention qu'on avait au départ. Par exemple, il n'est pas socialement permis de faire l'accolade à son patron ni de caresser gentiment le dos de son banquier. Dans certaines sociétés, il est très mal vu de seulement s'approcher un peu trop de l'autre, ou pire : de le toucher. Pourtant, le besoin d'être touché n'est pas moins grand chez les humains ; la caresse, que l'on octroie à profusion à nos chers animaux de compagnie, apparaît comme un manque flagrant chez tant de nos congénères. L'humain a donc adapté le toucher conspécifique pour le rendre socialement acceptable : les salons de coiffure, les salons d'esthétiques, les spas et les centres de massage et de soins corporels font fureur, depuis des millénaires, dans toutes les sociétés. Et puis, bien sûr, une partie de la thérapie manuelle, lorsqu'elle est agréable, est aussi une forme de grooming social.


Houlala ! J'entends déjà la réaction : "La thérapie manuelle du grooming social ??? Mais non !! Mais qu'est-ce qu'elle dit ???" Eh bien, mais oui !! C'est du grooming social et le grooming social est BON et NÉCESSAIRE à la santé.


Une équipe de chercheurs suédois a présenté un ouvrage très complet en 2016 qui traite de tous les aspects entourant les fibres C tactiles afférentes, celles qui "transportent" ce message de toucher agréable, affectif, de la périphérie vers le système nerveux central : Affective Touch and the Neurophysiology of CT Afferents, Hagar Olausson, Johan Wessberg, India Morrison, Francis McGlone. Nous développerons le sujet dans d'autres articles. Sachons quand même que cette fibre, la fibre afférente C tactile, a été décrite pour la première fois en 1939, chez des animaux à fourrure, et qu'on a dû attendre 50 ans pour la voir décrite chez l'humain. C'est une fibre de type C, donc du groupe IV. Cela revêt aussi une grande importance, car les fibres du groupe IV ont tendance à se rendre dans la région parabrachiale du tronc cérébral et à activer des centres de régulation de l'homéostasie. Cela a du sens, si l’on remonte seulement de 4 paragraphes où l’on apprend que le toilettage social stimule des substances qui inhibent les hormones de stress...

© 2018 Louise Tremblay

 

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